Mesure du développement : à quels indicateurs doit-on se fier ?
Le 1er décembre dernier, l’AFD et l’EUDN (European Development Research Network) organisaient leur 8e conférence commune consacrée au développement. Le thème retenu cette année était la mesure du développement.
Tout le monde s’accorde depuis longtemps pour dire que la seule croissance du PNB/ habitant n’est pas un facteur suffisant pour analyser le développement. En effet, ce n’est pas parce que le niveau de PNB/ habitant croît que la qualité de vie des populations systématiquement s’améliore. De nombreux indicateurs alternatifs ont ainsi été créés qui suivent notamment les questions d’éducation, de santé, de nutrition, de sentiment de bien-être, etc. L’un des plus connus est sans doute l’Indice de Développement Humain.
Comme le rappelait Angus Deaton, professeur à Stanford et premier intervenant de la conférence, les chercheurs bénéficient aujourd’hui d’une multitude de données disponibles… ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser problème, car l’explosion des données entraîne également une explosion d’analyses, d’interprétations et de conclusions qu’il est parfois difficile de corréler, voire qui parfois se contredisent.
Il faut d’autre part être prudent avec des données que l’on fait valoir comme moyenne nationale mais qui peuvent recouvrir des réalités régionales très disparates. Ainsi, toute donnée agrégée doit être traitée avec précaution.
Les acteurs de la mesure du développement
En matière de mesure, les chercheurs s’appuient sur plusieurs sources de premier plan :
- Les « World Development Indicators » de la Banque Mondiale font partie des données incontournables.
- En ce qui concerne la parité de pouvoir d’achat, une source de données importante est le Penn World Table (de l'Université de Pennsylvanie)
- Un nouvel entrant important en matière de recueil de données mondiales est le Gallup World Poll, lancé en 2006. Cette enquête se déroule dans 155 pays, avec un panel de 1000 habitants, à qui l’on administre un questionnaire rigoureusement identique.
- Mais l’un des projets les plus importants en matière de données concernant le développement est l’ICP – International Comparison Program (Project), un programme international de collecte de données, entamée à la fin des années 1960.
L’édition 2005 du programme a couvert 146 pays et le prochain round d' ICP prévu en 2011 lui couvrira 186 pays.
Les données de l’ICP sont accessibles à l’adresse suivante:
http://databank.worldbank.org/ddp/home.do
L’ICP et la mesure du développement
En matière de développement, les données de l’ICP 2005 ont notamment souligné deux faits importants :
- les inégalités entre pays riches et pays en développement ne cessent de se creuser
- les prix dans les pays en développement se sont envolés, conduisant à une diminution du pouvoir d’achat.
Toutefois, des questions demeurent en matière d’analyse des données : peut-on réellement comparer le pouvoir d’achat entre le Canada et le Cameroun, le Japon et le Sénégal et la Bolivie et le Tadjikistan ? Les comparaisons internationales ont des limites liées aux extrêmes différences de modes de vie et de consommation.
L'ICP 2005 a par ailleurs fait ressortir qu’en 2005, 1,37 milliard de personnes vivaient avec moins de 1,25 $ par jour. Mais si l’on déplace ce seuil à 1,46$ (l’équivalent de 1$ de 1993, inflation incluse), soudain, le monde compte presque 1 milliard de pauvres en plus.
Il faut ici souligner que le plus grand nombre de pauvres est bel et bien en Asie (compte tenu, bien sûr de la taille de la population). Angus Deaton parle d’ailleurs d’une "asiatisation" de la pauvreté, en soulignant que c’est en Inde que l’on compte le plus de pauvres.
Création d’un nouvel indicateur : le Multidimensional Poverty Index (MPI)
Dans le Rapport sur Développement Humain 2010 du PNUD, un nouvel indicateur – le MPI – était introduit. Sabina Alkire, directrice du Oxford Poverty and Human Development Initiative (OPHDI), a présenté le contenu de cet indicateur.
L’intérêt du MPI est de rassembler dans un seul indicateur plusieurs dimensions de la pauvreté, à savoir la santé, l’éducation et le niveau de vie. Ces trois dimensions recouvrent elles-mêmes 10 indicateurs :
- le nombre d’années passé à l’école (en-dessous de 5 ans, on considère qu’il y a « privation »)
- la scolarisation de l’enfant (centré sur l’école primaire)
- la mortalité infantile
- le niveau de malnutrition
- l’accès à l’électricité
- l’accès à des sanitaires
- l’accès à l’eau potable
- le type de sol dans la maison habitée (est considérée comme pauvre, une personne dont le sol se compose de poussière, de sable ou de bouse)
- le type d’énergie utilisée pour faire la cuisine (est considérée comme pauvre, une personne qui utilise de la bouse, du bois ou du charbon)
- l’équipement de la maison (un foyer qui ne dispose d’aucun de ces biens : radio, TV, téléphone, vélo, mobylette, réfrigérateur, ni d’une voiture ou d’un camion – est pauvre).
La pauvreté multidimensionnelle est établie si une personne est « privée » pour au moins 30% des indicateurs.
D’après les analyses de Sabina Alkire, à l’heure actuelle, 51% des pauvres multidimensionnles vivent en Asie du Sud-Est, ce qui correspond d’ailleurs à cette « asiatisation » de la pauvreté dont parlait Angus Deaton.
La directrice de l’OPHDI souligne également que la situation en terme de pauvreté multidimensionnelle peut être différente au sein d’un même foyer ; elle encourage ainsi une approche par genre.
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La mesure du développement comme l’ont montré les différentes interventions de la conférence est une tache ardue et complexe, qui peut donner lieu à de vives controverses, liées à la nature et la qualité des données, ainsi qu’aux inteprétations qui en sont faites.
De plus, plusieurs participants du colloque ont ajouté que la pauvreté ou le développement pourraient également se baser sur d’autres critères, tels que la liberté politique, la liberté d’expression, les pratiques de solidarité (au sein d’une communauté, entre générations…).
Le développement humain, on le voit, est particulièrement difficile à cerner et définir ; une chose est sûre toutefois. Il ne peut être circonscrit à la seule question du revenu.
► AGENDA : Le GEMDEV organise son colloque 2012 sur la mesure du développement :
Consulter l'appel à communication du GEMDEV
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